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Pas de nouvelle depuis quelques jours. Il faut dire que j'étais quelque peu chamboulée. Des semaines que j'essaye de fuir le côté "malade" des TCA, fuir les mots "régime", "crise", "maladie" et autres termes barbares pour mettre les gens dans des cases. Non moi, je contrôle maintenant. Mais en même temps : je ne suis pas au régime, je hais les régimes, je ne suis pas malade, je suis tout sauf cette aberration qu'est le terme "pro-ana", mais pourtant je suis obsédée par tout cela et j'ai un problème alimentaire depuis l'enfance. Mais je ne veux pas de nom, je veux être heureuse. Seulement le bonheur, dans ce monde, passe par le contrôle. C'est tout.
Or, il y a quelques jours, j'ai discuté pendant près de deux heures avec un garçon qui va en cours avec moi. Que j'avais repéré il y a quelques temps, il est vrai (oui j'ai un homme et oui j'ai toujours un cerveau) mais avec qui je n'avais pas vraiment discuté. Et bien pendant tout ce temps, il m'a parlé de choses qui n'avaient rien à voir avec mon univers actuel, ou mon univers tout court. On a parlé musique, voyages, expériences, évocation de quelques-uns des dizaines de pays qu'il a visités. Et j'écoutais, toute retournée. Parce que moi j'ai envie de voyager, j'ai envie de voir des choses, je me considère comme quelqu'un d'ouvert, qui aime l'aventure, mais ma vie ne ressemble pas du tout à tout cela. Ma vie est réglée, découpée, sous contrôle, décortiquée, analysée. Et ça me plait.
Mais alors je me suis dit : mais c'est ça ma vie ? Mais c'est quoi ma vie ? Des objectifs bien déterminés, de la chair à gommer, un concours à décrocher, tout chronométrer. J'ai passé l'après-midi de vendredi allongée sur mon lit, redécouvrant mes musiques d'avant que j'avais mis de côté parce qu'elles me rappelaient mes rêves du passé. Je ne suis pas vieille, mais j'ai l'impression d'être passée de l'autre côté. A quinze ans je rêvais d'une vie d'aventures, de couleurs, de rencontres. Je voulais voir tout ce qui était possible de voir, surtout ne pas rentrer dans les cases, ne pas devenir comme eux, comme eux tous. Aujourd'hui je rêve toujours. Mais je suis un petit soldat qui a besoin de compartimenter, de calculer, de répartir, d'avancer en visant un but x et l'aventure c'est pour plus tard. Et on sort le samedi soir, et on rencontre telle personne à telle fête, et on part à tel endroit avec les copains durant telles vacances. C'est l'aventure, dis-donc.
Et puis les études... On exercera ce métier et on aura cette fonction et on aura acquis ces connaissances. Et on contribuera un peu plus à détruire notre société parce que plus personne ne la remet en question, on se contente d'avancer en tentant de survivre le mieux possible, cinq semaines de congé par an, tout ça. Parce que celui qui énonce cette vérité n'est qu'un ado en crise. J'ai presque vingt ans et j'ai fini par m'habituer à cette vérité, comprendre que je ne peux m'y soustraire. Et dans vingt ans, qu'est-ce que je retiendrai de mes petites tranches de vie découpées minutieusement ?
Puis la crise existentielle est passée environ un jour plus tard. Ca passe si vite, c'est tellement plus facile de retourner à ce contrôle, cette petite routine qu'on essaye par tous les moyens de qualifier autrement mais qui n'est rien de plus que ça. Ca a fait tic dans mon cerveau pendant quelques heures, mais encore une fois je me dis : plus tard. Hier soir, il y a eu un repas de famille, mon copain et mes parents. J'ai cuisiné pour tout le monde et je les ai regardé manger en croquant ma salade et mon blanc de poulet. Et ça m'a rendu heureuse. C'est le plus bel aspect de tout cet univers, l'euphorie du contrôle. On dit toujours qu'on ne choisit pas, mais je crois que j'ai choisi. J'ai pesé le pour et le contre, inconsciemment, et j'ai choisi. Et dans un coin de ma tête, je me dis : Quand je n'y arriverai plus, j'irai parcourir le monde.
Or, il y a quelques jours, j'ai discuté pendant près de deux heures avec un garçon qui va en cours avec moi. Que j'avais repéré il y a quelques temps, il est vrai (oui j'ai un homme et oui j'ai toujours un cerveau) mais avec qui je n'avais pas vraiment discuté. Et bien pendant tout ce temps, il m'a parlé de choses qui n'avaient rien à voir avec mon univers actuel, ou mon univers tout court. On a parlé musique, voyages, expériences, évocation de quelques-uns des dizaines de pays qu'il a visités. Et j'écoutais, toute retournée. Parce que moi j'ai envie de voyager, j'ai envie de voir des choses, je me considère comme quelqu'un d'ouvert, qui aime l'aventure, mais ma vie ne ressemble pas du tout à tout cela. Ma vie est réglée, découpée, sous contrôle, décortiquée, analysée. Et ça me plait.
Mais alors je me suis dit : mais c'est ça ma vie ? Mais c'est quoi ma vie ? Des objectifs bien déterminés, de la chair à gommer, un concours à décrocher, tout chronométrer. J'ai passé l'après-midi de vendredi allongée sur mon lit, redécouvrant mes musiques d'avant que j'avais mis de côté parce qu'elles me rappelaient mes rêves du passé. Je ne suis pas vieille, mais j'ai l'impression d'être passée de l'autre côté. A quinze ans je rêvais d'une vie d'aventures, de couleurs, de rencontres. Je voulais voir tout ce qui était possible de voir, surtout ne pas rentrer dans les cases, ne pas devenir comme eux, comme eux tous. Aujourd'hui je rêve toujours. Mais je suis un petit soldat qui a besoin de compartimenter, de calculer, de répartir, d'avancer en visant un but x et l'aventure c'est pour plus tard. Et on sort le samedi soir, et on rencontre telle personne à telle fête, et on part à tel endroit avec les copains durant telles vacances. C'est l'aventure, dis-donc.
Et puis les études... On exercera ce métier et on aura cette fonction et on aura acquis ces connaissances. Et on contribuera un peu plus à détruire notre société parce que plus personne ne la remet en question, on se contente d'avancer en tentant de survivre le mieux possible, cinq semaines de congé par an, tout ça. Parce que celui qui énonce cette vérité n'est qu'un ado en crise. J'ai presque vingt ans et j'ai fini par m'habituer à cette vérité, comprendre que je ne peux m'y soustraire. Et dans vingt ans, qu'est-ce que je retiendrai de mes petites tranches de vie découpées minutieusement ?
Puis la crise existentielle est passée environ un jour plus tard. Ca passe si vite, c'est tellement plus facile de retourner à ce contrôle, cette petite routine qu'on essaye par tous les moyens de qualifier autrement mais qui n'est rien de plus que ça. Ca a fait tic dans mon cerveau pendant quelques heures, mais encore une fois je me dis : plus tard. Hier soir, il y a eu un repas de famille, mon copain et mes parents. J'ai cuisiné pour tout le monde et je les ai regardé manger en croquant ma salade et mon blanc de poulet. Et ça m'a rendu heureuse. C'est le plus bel aspect de tout cet univers, l'euphorie du contrôle. On dit toujours qu'on ne choisit pas, mais je crois que j'ai choisi. J'ai pesé le pour et le contre, inconsciemment, et j'ai choisi. Et dans un coin de ma tête, je me dis : Quand je n'y arriverai plus, j'irai parcourir le monde.
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